Idir Djouder,  président de la radio Kabyle FM:

idir-djouderTravailleur acharné,  esprit cultivé et communicatif, Idir Djouder fait partie de ces hommes de l’ombre dont, souvent, les actes sont plus connus que les noms.
Principal initiateur de la mémorable marche unitaire du 20 avril 2003, qui avait drainé  près de 500 000 personnes, sur la place parisienne, son activité, pour la reconnaissance de la spécificité kabyle, en France, n’a d’égal que le credo qui le caractérise: Rassembler les kabyles français, dans une démarche de conscientisation pour une affirmation identitaire légitime,  afin de s’imposer en tant qu’entité à part entière, dans le paysage socio-politique français.

Aujourd’hui, président de la radio Kabyle FM, il continue, pour ainsi dire, son combat avec la même détermination, mais dans une dynamique intellectuelle multidimensionnelle qui privilégie le travail de fond en vue des objectifs fixés,

 Dans cette optique, Idir Djouder ne mâche pas ses mots quand il s’agit d’évoquer la dimension médiatique, en termes de programmes et de performances radiophoniques – aussi bien sur le plan technique, que sur le plan de l’animation-, dont doit se prévaloir Kabyle fm.

 En d’autres termes, monsieur Djouder sous-entend clairement que le bricolage ou l’improvisation, qui furent – et sont encore aujourd’hui dans certaines radios libres – le mode de travail exclusif des animateurs, sont aux antipodes de la conception qu’il a, lui, en parfait initié dans le domaine, et ce, depuis des années, de faire de la radio. En premier lieu, l’équipement et le personnel :

 « A Kabyle fm, j’ai mis tous les moyens qu’exige une diffusion numérique, avec les technologies d’aujourd’hui », dira-t-il, en parfait connaisseur et responsable de la tâche qui lui incombe. Il ajoutera que « les techniciens et animateurs auront des formations appropriées dans leurs domaines respectifs, avant de rentrer de plein pied, chacun et chacune, dans leurs missions.» 

 Sollicité à en parler, lors d’une rencontre informelle, au siège de Kabyle FM, à Saint-Ouen, Idir Djouder ne cache ni les difficultés qu’il a à affronter, ni les ambitions qu’il nourrit pour le projet, quasiment réalisé.

 Pour ce créateur et ex-chef d’entreprises, la voie de la réussite consiste, justement, à se mesurer aux défis et à les gagner. « La communauté kabyle mérite d’avoir un grand média radiophonique, à la mesure de son assisse populaire et de  ses aspirations de l’heure. Mon but est de réaliser cet idéal. Et il est en voie d’achèvement. ».

 Il est évident que, aujourd’hui, en France, les générations ont changé, et les esprits ont évolué. Aussi, continuer à considérer cette communauté de la même façon d’il y a 25 ans, relèverait d’une vision anachronique lamentable. Aujourd’hui, les besoins des auditeurs kabyles dépassent, en matière de consommation radiophonique, la rengaine nostalgique qui consistait, autrefois, à transposer le monde originel kabyle dans une France à laquelle il fallait plutôt s’ouvrir, pour apprécier sa propre valeur, et, ainsi, pouvoir exister en tant que soit. « Ceci dit, il est d’une importance capitale pour tout Kabyle, vivant en France, de pouvoir se ressourcer à travers les ondes radiophoniques, mais il faut que ça soit dans une dynamique culturelle large et moderne.» Entendre par là que la langue kabyle ne doit pas s’exprimer que dans la chanson, ou la poésie. Cela participe naturellement de son socle. La langue kabyle doit être utilisée dans tous les domaines de la connaissance, à travers les diverses émissions, l’information, la publicité etc. « L’astreindre, comme le font quelques radios privées, au domaine de la chanson, c’est la maintenir dans un statut de sous-langue en la noyant dans un folklore banalisant. Or l’ambition et le but de Kabyle fm, c’est de redonner à l’entité kabyle, dans ses différents registres, la vigueur et la place qu’elle mérite, dans le paysage radiophonique français, en tant qu’expression et identité culturelle souveraines d’une population bien définie, la population kabyle. »

 Les Kabyles de France ont trop souffert de l’injustice des amalgames étatiques et autres slogans électoralistes dépréciatifs, tels : « Arabo-musulmans », « Beurs », qui les ont noyés dans une masse informe, leur occultant leur véritable identité. D’autre part, pendant de cette obsession d’homogénéisation méprisante, la médiocrité voulue avec laquelle on traite de la culture kabyle sur les ondes de quelques radios communautaires, a privé cette culture, jusqu’à nos jours, de sa véritable expression, et les kabyles, de leur véritable culture. Or, une culture se vit pleinement, et dans la langue qui la véhicule, sa langue. C’est dire si Kabyle FM sera la voix de l’authenticité !

 Ahcène Bélarbi