
Après l’euphorie d’octobre 88, l’amendement de la constitution de 1989, avec l’article 40 qui a consacré le pluralisme politique, les populations algériennes, dans leur majorité, croyaient à la naissance, du moins à gestation d’un Etat de droit et donc d’une future république démocratique. Les élections de 1991 ont donné le résultat qu’on connaît, consacrant le FIS, l’Etat militaire algérien a crié à la dictature islamiste – pour mieux occulter la sienne – et a procédé, avec l’aval des partis dits d’opposition à l’annulation de ces élections. S’ensuivit la période d’assassinats et de drames qui a endeuillé le pays, avec les milliers de disparus et d’exilés.
Boudiaf, naïf jusqu’au bout de son patriotisme, croyant pouvoir éradiquer la corruption, l’arbitraire et l’injustice sociale, en s’attaquant à la pègre politico-financière, n’a pas eu le temps de se rendre compte que c’était cette mafia-même qui l’a ramené de son exile et qui le tenait en otage. Elle l’a éliminé sans aucun état d’âme, quand elle s’est sentie menacée dans son existence.
Avec l’intronisation de l’arabiste, Ali Kafi, à la tête du HCE, les généraux reviennent en force, derrière le paravent du FLN, pour parer à tout changement, à toute rupture avec le système instauré depuis 62. L’ouverture démocratique n’était qu’un leurre pour calmer les populations, après que l’armée ait tiré sur les jeunes manifestants d’octobre 88.
D’abord l’opposition…
Après un simulacre d’alliance entre certains partis – en effet chacun des chefs cherchait à être le leader-Shepp, d’où l’impossibilité de former un vrai pôle d’opposition digne de ce nom -, le pouvoir a crée ses propres satellites, leur offrant des moyens financiers et des directives à suivre. Résultat : ces partis-satellites renforcent le FLN, et l’opposition s’effrite. Alléchés (le FFS mis à part) par l’argent et des promesses de postes dans certaines instances politiques, certains partis ont joué le rôle de démocrates de façade, pendant qu’ils négocient avec le pouvoir leur soutien. Aujourd’hui, on voit, à l’assemblée nationale, des députés émanant de ces partis (on se demande, pour certains, par quel miracle ils étaient élus, eux qui, par le passé, n’ont même pas pu recueillir un nombre de voix honorable dans leurs propres localités). Quand on sait que l’APN est « confectionnée » pour approuver tous les projets du gouvernement, et légiférer contre le peuple, on comprend pourquoi être député est un poste confortable et sans risques. D’ailleurs on peut s’égosiller, dans l’enceinte de l’hémicycle, comme on veut, jouer même au trublion, du moment qu’on ne représente que soi-même, c’est permis, c’est même encouragé pour flouer les esprits crédules qui croiront à une assemblée démocratique, ou à l’existence de députés d’une véritable opposition. Or, comme chacun le sait, dans une assemblée populaire nationale, si des coalitions ne se constituent pas face au parti majoritaire, l’opposition n’a que le nom. Et en Algérie il n’y a pas de coalition, ni à l’intérieur de l’assemblée, ni, d’ailleurs, à l’extérieur, c’est-à-dire dans la vie politique courante. Car si cette opposition existait, comment n’aurait-elle pas fait barrage – et ce serait son rôle - à l’amendement de la constitution qui autorise la représentation de Bouteflika à un troisième mandat ?
A l’APN, l’allégeance est une culture. Une opposition nationale, forte et unie, avec des hommes et des femmes dignes de confiance, qui s’imposeraient par leur grande culture politique et leur personnalité, ce ne sera sans doute pas pour demain.
Quels leaders pour
En Kabylie, depuis l’assassinat de Matoub, on assiste à un relâchement du combat identitaire, et partant, démocratique. Lui seul savait passer le message, galvaniser et mobiliser des foules. Parce qu’il parlait franc. Parce qu’il était intègre et honnête dans son engagement politique, et fidèle à ses convictions, partagées par l’écrasante majorité des Kabyles. Pour tout ça, le peuple kabyle était derrière lui. Si son assassinat, par le pouvoir algérien, aidé de complicités locales, (ce qui ressort à la lumière de certains témoignages et articles de presse), est le résultat d’un triste complot des lâches, sa mort est un sacrifice, un sacrifice digne des grands hommes. Car il y a des hommes qui naissent grands, il y a ceux qui le deviennent au fil de leur existence, et d’autres qui, quoi qu’ils fassent restent nains, c’est-à-dire, ne dépassent pas le niveau de leurs basses besognes.
Après bien des tâtonnements, les forces politiques, implantées en Kabylie, au vu du raz le bol des populations locales, ont démontré leurs limites, sinon leurs ambitions : le combat identitaire - tout comme le combat démocratique, d’ailleurs - ne semblait pas faire partie de leurs préoccupations, ni de leurs priorités. Les jeunes Kabyles l’ont compris en 2001, quand ils se sont soulevés, portant leur action en marge de ces partis. Les aârches qui ont pris la relève, avec une volonté, certes, mais sans assise ni fondement politiques, ne pouvaient aller loin dans leurs revendications, sans porter, ni proposer un projet de société. Le mouvement s’essouffle, puis s’éteint. Le pouvoir, toujours aux aguets, fait son travail de manipulation pour mieux se redéployer en Kabylie et asservir la région à son diktat. A ce propos, ses sous traitants politiques rivalisent d’appels du pied. Parmi la valse des courtisans, M. Mohand Akli Haddadou, qui a écrit un long article, dont le titre à lui seul résume et révèle le dessein et la pensée inavoués de l’auteur : « L’Etat algérien et le meilleur défenseur et promoteur de la question amazighe ». Ou encore le nouveau directeur de la maison de la culture de Tizi-Ouzou qui se permet d’inviter le locataire d’El Mouradia « au nom du peuple kabyle ». A l’instar de ces derniers, d’autres individus virent de bord, et investissent le terrain en rampant, espérant que leur allégeance soit payée en retour par l’octroi d’un poste hiérarchique « prestigieux ». Profitant du vide laissé par Matoub et autres leaders assassinés ou exilés, ils tentent de se décréter, aux yeux de Bouteflika, détenteurs, sinon légataires du combat identitaire berbère, pour mieux museler ce mouvement, ou l’aliéner. C’est là, par ailleurs, leur mission essentielle, celle que leur a assignée le président réélu. Seulement, voilà : tant qu’il s’agit que de déclarations personnelles, ça ne concerne que l’intéressé lui-même. Mais quand on parle au nom du peuple kabyle, alors qu’on n’est pas du tout représentant de ce peuple, c’est là une dérive grave et inacceptable, à combattre pacifiquement mais fermement, car il y va de l’expression légitime et de la dignité de
Aujourd’hui, le seul mouvement à même de fédérer l’opinion kabyle et ses aspirations c’est, manifestement, le MAK. Il est évident que le travail sur le terrain n’est pas totalement acquis, mais la légitimité de ses revendications trouve un appui considérable, tant au niveau populaire qu’au niveau des intellectuels. Pour avancer, il est vital de tenir compte des erreurs du passé pour mieux construire l’avenir. Et son porte parole, ferhat Mhenni, lui qui a connu des situations critiques et des coups bas, liés à son parcours de militant berbère de première heure, et à des engagements politiques chaotiques, en sait quelque chose. Ses nombreuses expériences, bonnes ou mauvaises, qui semblent n’avoir entamé ni sa volonté ni ses convictions, se traduisent par le mot fidélité. Fidélité à ses engagements de démocrate impénitent. Pour preuve, il ne lésine pas sur le travail qui lui incombe, à savoir, l’information, la sensibilisation et la mobilisation populaire, à chaque fois qu’un événement, ou tout simplement, une situation l’exigent, dans le cheminement qui mène au but fixé.
On peut être d’accord ou pas avec un programme politique, avec un leader politique… Mais, en aucun cas, on peut aller contre le bien être et les intérêts de
Ahcene Bélarbi