Conseiller municipal de la ville de Sarcelles, Délégué à l’enfance et à l’éducation, c’est un homme dynamique de trente neuf ans. Né à Creil, en Picardie, « Je suis Picard ! », note-t-il avec humour sans renier son patrimoine culturel pour autant : « mes parents sont venus de Kabylie vers 1965. »

Michel Rivrain : Qu’est-ce qui vous a amené à devenir l’homme politique que vous êtes, avec vos convictions ?
Ali Abchiche : J’avais 12 ans en 1981, lors de l’élection de François Mitterand, j’ai aimé ce moment, cette liesse populaire, ces drapeaux rouges, noirs, bleu- blanc-rouge, l’espoir que l’on sentait. Je me suis dit que j’aimerai être avec ces gens, partager leurs luttes et leurs convictions.
Je sympathisais donc avec les divers courants de la gauche convenant à mon esprit amazigh. A la lecture de Jaurès, je fis finalement le choix socialiste et républicain, à l’instar de ce grand homme.

M.R. : Avez-vous eu à pâtir du racisme dans votre jeunesse ?
A.A. : Comme beaucoup, hélas ! Mais cela a fortifié mes convictions et m’a poussé certainement dans mon investissement politique. En 1992, je rentre au Parti Socialiste à un moment où tout le monde en partait, Dominique Strauss-Kahn, prenant mon adhésion me demanda alors avec humour si j’étais sûr de faire le bon choix. Je l’étais !
Je recrée, dès 1993, le MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes) de Sarcelles. Je suis élu aux municipales de 1995, réélu en 2001 et espère l’être, cette année, en qualité de cinquième adjoint.

M.R. : Qu’est-ce qui vous a amené à valoriser la culture amazigh à Sarcelles ?
A.A. : Républicain socialiste, j’œuvre à plus de démocratie directe dans notre société. C’est mon héritage culturel amazigh : contre l’injustice, le totalitarisme, notre culture est laïque et démocratique depuis l’antiquité. Elle est à l’origine, entre autres, des valeurs républicaines françaises. Les jeunes d’origine Nord-Africaine doivent connaître et revendiquer leur culture amazigh.
Je me suis donc investi pour valoriser notre culture sur Sarcelles. Les berbères y sont fortement représentés, majoritairement Algériens et Marocains, sans oublier la communauté juive de Sarcelles principalement berbère.

M.R. : pouvez-vous décrire votre action à nos lecteurs ?
A.A. : Sarcelles a été la première ville de France à créer une stèle commémorative des évènements du 17 octobre 1961.
De plus, depuis cinq ans déjà, notre ville commémore le Printemps Berbère. Lutte, sur le sol algérien, des jeunes Imazighen pour la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Laïcité.
On ne doit pas oublier leur combat, ce partage avec nos valeurs républicaines et le transmettre aux jeunes Français, issus ou non de l’immigration. Nous fêtons aussi depuis deux ans Yennayer, le nouvel an berbère. Et certains nous demandent encore de nous intégrer, malgré la convergence entre la culture française et la nôtre, malgré tous les Nord-Africains morts pour la République Française.

M.R. : Comment a été perçu votre investissement par les diverses communautés de Sarcelles ?
A.A. : Assez dur au début. On nous a qualifiés de communautaristes, de fanatiques, certains ajoutant même que tous les maghrébins étaient des intégristes, soit islamistes, soit berbères.
Mais, au bout de cinq ans, Sarcelles est la seule ville de France à fêter Yennayer de façon pérenne. Nous présentons notre culture par des conférences, des films, des spectacles et à travers l’enseignement de notre langue. Nous défendons des valeurs de fraternité, par l’ouverture vers les autres communautés. L’Afasa, association mixte, associe les communautés berbère, algérienne, et judaïque. Elle travaille avec M.Berros, rabbin de Sarcelles. Nous préparons la projection du film « Ennemi intime » avec la Fnaca (Anciens Combattants d’Algérie) dans le cadre d’un respect mutuel. Ainsi, l’Asafa, à ses débuts association berbère, est devenue une association algérienne puis, maintenant, une association sarcelloise ouverte à tous.

M.R. : Dans votre prochain mandat, verra-t-on le berbère enseigné au lycée de Sarcelles ?
A.A. : C’est dans nos projets. Avec en plus, à Sarcelles, un centre socioculturel. « La maison d’Afrik », entre autres, pourrait être son nom : Afrik était l’ancien nom romain de l’Afrique du Nord. Tout cela n’a pu se faire que grâce au soutien total de notre député-maire François Pupponi et de l’adjoint à la culture Jacques Salomé. Grâce aussi à l’aide que nous apportent depuis plusieurs années les communautés berbères originaires d’Algérie et du Maroc et les associations qui se sont investies à nos côtés, notamment votre association, l’ACBVO. Grâce aussi à l’ASAFA, M.Rabehi, Aïcha Soltani, M.Ouffa, M.Soulimani, M.Oukaci, et à tous ceux dont l’action nous permet d’avancer dans nos projets.

M.R. : Envisagez-vous de jumeler Sarcelles avec une ville de Tamazgha (Afrique du Nord Berbère) ?
A.A. : Tout à fait, mais on ne parle plus aujourd’hui de jumelage, mais de coopération décentralisée. Plusieurs villes sont déjà en lice, notamment Bejaïa, Tichit, Tlemcen, Bab El Oued, Djerba et Figuig.

M.R. : Quel bilan feriez-vous de vos deux mandats municipaux ?
A.A. : Je retiendrais surtout la création de la stèle de commémoration d’octobre 1961, les célébrations mises en place de Tafsut (Printemps Berbère) et de Yennayer, ainsi que la création de l’association ASAFA.

Propos recueillis par
Michel Rivrain,
Secrétaire de l’ACBVO.